Cirque de Mafate

Cirque sans route, accessible uniquement à pied ou en hélicoptère, où huit îlets habités vivent au rythme des sentiers et des ravitaillements héliportés.

Mafate n'est pas une vallée comme les autres. Ce cirque de 100 km² s'est formé par effondrement du Piton des Neiges il y a environ deux millions d'années, et son relief tourmenté de remparts verticaux, de crêtes étroites et de ravines profondes a découragé toute construction routière. On n'y entre qu'à pied par les sentiers du GR R2 et du GR R3, ou en hélicoptère depuis l'altiport de Saint-Pierre ou la base de Pierrefonds. Aucune voiture, aucune route bitumée : c'est la seule commune française dans ce cas.

Huit îlets habités se partagent le cirque, perchés entre 900 et 1 500 mètres d'altitude. La Nouvelle, à 1 421 mètres, fait office de capitale officieuse avec sa quarantaine de gîtes et son école primaire. Marla, plus au sud, est le village le plus haut. Roche Plate, Îlet à Bourse, Aurère, Grand Place, Îlet à Malheur et Cayenne complètent la carte. Tous sont ravitaillés par hélicoptère deux à trois fois par semaine, ce qui explique le prix du Dodo en gîte et la cuisine forcément locale : grains (lentilles de Cilaos, haricots rouges), cari poulet, rougail saucisse, brèdes chouchou cultivées sur place.

Les habitants, environ 800 au total, descendent pour beaucoup des « petits-blancs des hauts » et des marrons, ces esclaves qui fuyaient les plantations côtières au XVIIIe siècle pour se réfugier dans ces cirques inaccessibles. Les noms de lieux gardent la trace de cette histoire : le piton d'Anchaing rappelle un chef marron, Mafate lui-même viendrait du nom d'un guérisseur en fuite. Cette mémoire reste vivante dans les récits qu'on partage le soir au gîte, autour d'un rhum arrangé au letchi ou au combava.

Le paysage change toutes les heures. Le matin, vers 6h, la lumière rasante éclaire les remparts du Maïdo (2 205 m) à l'ouest et de la Roche Écrite (2 277 m) au nord, encore secs. Vers 10h-11h, les alizés poussent les nuages contre les parois et le cirque se remplit de brume jusqu'au soir. Cette mécanique quotidienne dicte les horaires de marche : on part à 5h30 du gîte, on arrive à l'étape avant 13h. Les sentiers traversent forêts de tamarins des hauts, fougères arborescentes, bambous calumets, et parfois des passages aériens équipés de chaînes comme la montée du Bronchard ou la descente de la ravine du Bras des Merles.

Économiquement, Mafate vit du tourisme de randonnée. Une cinquantaine de gîtes labellisés, une dizaine d'épiceries de dépannage, quelques porteurs et muletiers. Pas de banque, pas de pharmacie, peu de réseau mobile sauf à La Nouvelle et au col des Bœufs. Cette simplicité n'est pas un décor : c'est la réalité d'un territoire qui a fait le choix de rester sans route, malgré plusieurs projets de désenclavement abandonnés depuis les années 1970.

Pour comprendre Mafate, il faut accepter de marcher. Une traversée d'est en ouest, du col des Bœufs au Maïdo, demande quatre jours minimum avec des étapes de 800 à 1 200 mètres de dénivelé. Les vues depuis le col du Taïbit (2 081 m) sur Cilaos et depuis la Brèche de Saint-Paul sur la côte ouest justifient l'effort, à condition d'être en haut avant que les nuages ne montent.

À découvrir

Traversée du col des Bœufs au Maïdo. Quatre à cinq jours de marche d'est en ouest, avec nuit à La Nouvelle, Roche Plate et Marla. Le départ se fait depuis le parking du col des Bœufs à 1 950 mètres, l'arrivée au belvédère du Maïdo offre la vue plongeante sur tout le cirque.

Nuit en gîte à La Nouvelle. Repas partagé à la table d'hôte vers 19h : cari poulet, grains, riz, rougail tomate. Les gîtes ferment à 21h, le silence retombe et on entend les tangues fouiller dans les broussailles autour des cases en bois sous tôle.

Sentier Scout vers Aurère. Un des passages les plus exposés du cirque, taillé dans la falaise au-dessus de la rivière des Galets. Chaînes et marches métalliques sur 200 mètres de dénivelé, à parcourir le matin avant que la brume ne masque les ancrages.

Trois Roches et bassin Malheur. Sur le sentier entre Marla et Roche Plate, ces dalles de basalte gravées de pétroglyphes attribués aux marrons surplombent une cascade. On s'y baigne entre deux étapes, l'eau reste à 16-18°C même en saison chaude.

Survol en hélicoptère depuis Saint-Pierre. Vol de 25 à 45 minutes au-dessus des trois cirques. Utile pour comprendre la géographie d'ensemble avant ou après une randonnée, ou pour accéder à un îlet sans marche d'approche.

Quand y aller

La saison sèche s'étend d'avril à novembre, avec un cœur particulièrement stable de juin à septembre. Les températures à 1 400 mètres oscillent alors entre 8°C la nuit et 22°C en journée, et les sentiers sont praticables. Juillet-août peut descendre sous 5°C à Marla au petit matin, prévoir une polaire et un bonnet pour les départs avant l'aube. La visibilité matinale est excellente jusque vers 10h-11h, puis les nuages d'alizés remontent les remparts.

De décembre à mars, la saison cyclonique apporte des pluies intenses : il peut tomber 200 à 400 mm en 24 heures lors d'un épisode actif, ce qui rend certaines ravines infranchissables pendant plusieurs jours et provoque parfois des éboulements sur les sentiers. Nous déconseillons les traversées longues durant cette période. Janvier et février sont les mois à éviter pour Mafate, sauf pour des séjours courts en gîte avec une marge de souplesse sur le calendrier.

Conseils pratiques

Compter quatre jours minimum pour une vraie traversée, cinq à six pour une boucle confortable incluant deux ou trois îlets. Trois jours suffisent pour une boucle courte type col des Bœufs - La Nouvelle - Marla - retour, accessible à un marcheur régulier en bonne condition. L'entrée logistique se fait depuis Saint-Denis (aéroport Roland Garros), avec deux heures de route jusqu'au col des Bœufs ou au Maïdo selon le sens choisi. Nous organisons le portage des sacs par muletier ou par hélicoptère sur demande pour les voyageurs qui préfèrent marcher léger.

Mafate se combine naturellement avec le cirque de Cilaos, accessible depuis Marla par le col du Taïbit en une journée, ou avec Salazie par le col des Bœufs. Beaucoup de nos clients enchaînent Mafate avec une montée au Piton de la Fournaise pour contraster l'univers minéral du volcan avec les forêts du cirque, puis terminent par quelques jours sur la côte ouest entre Saint-Gilles et Saint-Leu pour le repos et le lagon. Le confort en gîte reste rustique mais propre : dortoirs de 4 à 8 lits, douches chaudes la plupart du temps, repas copieux. Mafate convient aux randonneurs autonomes et aux contemplatifs qui acceptent l'effort, moins aux familles avec enfants de moins de 10 ans ou aux voyageurs cherchant un confort hôtelier.

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