Sud Sauvage

De Saint-Pierre à Sainte-Rose, la côte au vent où les coulées de 1977 et 2007 rencontrent la forêt primaire et les bassins de la rivière Langevin.

Le Sud Sauvage commence pour nous à Saint-Pierre, deuxième ville de l'île, et se déroule jusqu'à Sainte-Rose sur la côte au vent. Entre les deux, la route nationale 2 traverse Saint-Joseph, Saint-Philippe et Le Tremblet, en suivant un littoral qui change de nature tous les vingt kilomètres. À l'ouest, les plages de sable noir et les falaises de Manapany-les-Bains, où nichent des phaétons à brins blancs. Plus à l'est, les coulées de lave figées du Piton de la Fournaise touchent l'océan, et la forêt primaire reprend le dessus dès qu'on s'éloigne de la route.

C'est la région la plus humide de l'île. À Sainte-Rose, nous comptons environ 200 jours de pluie par an, et la pluviométrie annuelle dépasse 4 000 mm sur les pentes au vent du volcan. Cette humidité explique la densité du couvert végétal : la forêt de Mare Longue, à Saint-Philippe, est l'un des derniers vestiges de forêt tropicale humide de basse altitude des Mascareignes, avec des bois de couleurs (mapou, bois de fer, bois maigre) que les botanistes viennent étudier. Le sentier botanique permet d'en faire le tour en deux heures, panneaux explicatifs à l'appui.

La signature géologique du Sud Sauvage, ce sont les coulées récentes du Piton de la Fournaise. Celle de 1977 a traversé le village de Piton Sainte-Rose, contourné l'église Notre-Dame-des-Laves sans la détruire, puis poursuivi jusqu'à la mer. Celle de 2007, plus volumineuse, a recouvert la route nationale au niveau du Tremblet et créé une nouvelle plage de sable noir. Entre Saint-Philippe et Sainte-Rose, la route des laves serpente sur ces champs basaltiques, où la végétation pionnière (fougères, filaos, vacoas) recolonise déjà certaines zones.

L'autre paysage marquant, ce sont les rivières et les bassins. La rivière Langevin, à Saint-Joseph, descend des hauts en une succession de cascades et de vasques où les Réunionnais viennent pique-niquer le week-end : Grand Galet, le Trou Noir, le bassin Bleu. La rivière des Remparts et la rivière Langevin ont creusé des vallées profondes que l'on aperçoit depuis les points de vue de la route forestière. À l'intérieur des terres, le village perché de Grand Coude cultive le café Bourbon pointu, variété quasi disparue puis relancée dans les années 2000, que l'on peut goûter à la coopérative locale.

Côté culture, le Sud Sauvage est l'une des régions où le maloya, musique née de l'esclavage et inscrite à l'UNESCO en 2009, reste le plus vivant. Saint-Pierre concentre les bars et kabars où l'on joue le vendredi soir. La cuisine y est typée : cari de poulpe à Saint-Philippe, achards de palmiste, gâteau patate, et le rougail saucisses servi partout. Les marchés forains de Saint-Pierre (samedi matin) et de Saint-Joseph valent une halte pour les letchis en décembre, les ananas Victoria toute l'année, et les épices locales.

Économiquement, la région vit de la canne à sucre sur les pentes basses, de la pêche artisanale dans les ports de Saint-Philippe et Sainte-Rose, et d'un tourisme plus diffus qu'à l'ouest, sans grands complexes hôteliers. On y trouve surtout des gîtes, des chambres d'hôtes et quelques tables d'hôtes tenues par des familles créoles. C'est ce qui en fait, à notre avis, la région la plus authentique de l'île pour qui veut comprendre la Réunion rurale.

À découvrir

Route des laves entre Saint-Philippe et Sainte-Rose. Vingt kilomètres de littoral où la lave de 1977 et 2007 a recouvert la route plusieurs fois. On marche sur les coulées encore noires, jusqu'aux falaises où l'océan frappe le basalte.

Forêt de Mare Longue à Saint-Philippe. Sentier botanique de deux heures dans l'une des dernières forêts tropicales humides de basse altitude des Mascareignes. Bois de couleurs endémiques et fougères arborescentes sous canopée fermée.

Cascades de la rivière Langevin. Succession de bassins et chutes en remontant la vallée depuis Saint-Joseph : Grand Galet, Trou Noir, bassin Bleu. Baignade possible hors épisode de fortes pluies.

Église Notre-Dame-des-Laves à Piton Sainte-Rose. L'édifice contourné par la coulée de 1977, qui s'est arrêtée sur le seuil. La lave figée est encore visible autour des murs et à l'intérieur du parvis.

Café Bourbon pointu de Grand Coude. Village perché à 1 100 m d'altitude où une coopérative cultive cette variété de café relancée après quasi-disparition. Visite des plantations et dégustation possibles.

Quand y aller

Le Sud Sauvage est la région la plus arrosée de l'île, et la saison fait une vraie différence. Nous recommandons la période de mai à novembre, hiver austral, où les températures côtières oscillent entre 18 °C la nuit et 26 °C en journée, avec des précipitations plus espacées. Septembre et octobre sont à notre avis les meilleurs mois : ciel dégagé sur les coulées, rivières encore bien alimentées, et migration des baleines à bosse visible depuis les falaises de Saint-Philippe entre juillet et octobre.

De décembre à avril, l'été austral apporte chaleur (28 à 32 °C sur la côte) et surtout pluies intenses, particulièrement entre Saint-Philippe et Sainte-Rose. Les cyclones peuvent passer entre janvier et mars, ce qui ferme temporairement la route des laves et rend les bassins de la rivière Langevin dangereux. À l'intérieur, à Grand Coude ou sur les hauts de Saint-Joseph (800 à 1 200 m), comptez 4 à 6 °C de moins qu'au littoral, prévoyez une polaire même en été.

Conseils pratiques

Deux à trois jours suffisent pour traverser le Sud Sauvage en prenant le temps. Une nuit à Saint-Pierre ou Manapany pour la partie ouest, une nuit à Saint-Philippe ou Sainte-Rose pour la partie volcanique. Le point d'entrée naturel est l'aéroport de Saint-Denis (Roland-Garros), à 1h30 de route de Saint-Pierre par la côte ouest, ou celui de Pierrefonds à Saint-Pierre même, plus pratique mais avec moins de vols. La RN2 traverse toute la région, route bien entretenue mais sinueuse à partir de Saint-Joseph.

Nous combinons systématiquement le Sud Sauvage avec le Piton de la Fournaise, dont l'accès par la Plaine des Sables se fait depuis Bourg-Murat, à 1h30 de Saint-Pierre. L'enchaînement logique est : Côte Ouest et lagon, puis Cirque de Cilaos accessible par la route aux 400 virages depuis Saint-Louis, puis Sud Sauvage et Fournaise. La région convient particulièrement aux voyageurs contemplatifs, amateurs de botanique et de géologie, et aux familles qui apprécient des journées courtes avec baignades en rivière. Le confort est celui de petites structures familiales, gîtes et chambres d'hôtes, plutôt qu'hôtelier classique.

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